Ilfaudra donc, dans un premier temps, s’interroger sur ce qui peut rendre la mise en place d’un Etat nĂ©cessaire ; puis, dans un second temps, nous verrons dans quelle mesure l’Etat peut ĂȘtre jugĂ© bon ou mauvais et quelle est alors sa lĂ©gitimitĂ©. Enfin, nous nous pencherons sur les conditions de possibilitĂ© d’un Etat sans mal, ou du moins d’un Etat Ilest dĂ©raisonnable de garder avec un tel niveau d’incertitude une institution qui pourrait ĂȘtre nĂ©faste et sous-optimale. Notre thĂšse dĂ©fend l’option rĂ©formiste expĂ©rimentaliste et la principale raison est la suivante : il faut rĂ©former les brevets pour des raisons Ă©pistĂ©miques car il s’est ajoutĂ© une difficultĂ© nouvelle : l’uniformisation. En effet, depuis la quasi Enfait ce n’est pas l’état qui est un mal nĂ©cessaire, c’est particuliĂšrement l’absence ou la dĂ©faillance de l’état qui est une vraie malĂ©diction pour certains pays dans Onconstate depuis la prolifĂ©ration de vĂ©gĂ©tation non souhaitĂ©e qui entraĂźne des Ă©cobuages parfois non maĂźtrisĂ©s. Il est Ă©vident que seul le pacage d’animaux peut justifier l Sil’État se retirait du marchĂ© en libĂ©ralisant la distribution, les pertes fiscales seraient encore plus importantes, poursuit-il. Selon lui, les multinationales seraient encouragĂ©es Ă  pratiquer de l’optimisation fiscale : elles auraient intĂ©rĂȘt Ă  sous-facturer les commandes auprĂšs de leur maison mĂšre pour payer moins de taxes Ă  l’entrĂ©e et de TOP10 des citations un mal nĂ©cessaire (de cĂ©lĂ©britĂ©s, de films ou d'internautes) et proverbes un mal nĂ©cessaire classĂ©s par auteur, thĂ©matique, nationalitĂ© et par culture. Retrouvez + de 100 000 citations avec les meilleures phrases un mal nĂ©cessaire, les plus grandes maximes un mal nĂ©cessaire, les plus belles pensĂ©es un mal nĂ©cessaire . La santĂ© est souvent un sujet tabou en entreprise, lieu de compĂ©titivitĂ© et de performance. Il peut ĂȘtre dĂ©licat et osĂ© de baisser la garde et s’épancher sur son Ă©tat de santĂ©. La pĂ©riode que nous traversons peut s’avĂ©rer d’autant plus compliquĂ©e pour les personnes qui ont une santĂ© fragile. Pourtant, mettre son entreprise dans la confidence peut aussi dĂ©boucher sur de meilleures conditions de travail et un accompagnement psychologiquement non nĂ©gligeable. Alors, comment communiquer sur sa situation mĂ©dicale lorsque cela devient une nĂ©cessitĂ© ? Doit-on forcĂ©ment informer notre entreprise si nous sommes une personne Ă  risque pour le Covid-19 ? Est-il bienvenu de tout dire ?Welcome to the Jungle fait le point sur les lois qui encadrent notre santĂ© au travail et vous conseille sur ce qu’il peut ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de communiquer ou non Ă  votre dit la loi ?À l’embaucheLe salariĂ© n’a aucune obligation de dire Ă  son futur employeur qu’il est malade. Lors d’un entretien d’embauche, le Code du travail Ă©tablit qu’aucun salariĂ© ne peut ĂȘtre sanctionnĂ©, licenciĂ©, ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, pour avoir refusĂ© de rĂ©pondre Ă  une question sur son Ă©tat de santĂ© ou son handicap. L’employeur peut demander un certificat ou un examen afin de savoir si le salariĂ© est apte ou non au poste auquel il aspire mais il n’aura accĂšs Ă  aucun autre dĂ©tail en raison du secret l’entrĂ©e en vigueur le 1er janvier 2017 de la Loi Travail, dite loi El Khomri », la traditionnelle visite mĂ©dicale est remplacĂ©e par la VIP Visite d’Information et de PrĂ©vention, sauf cas a vocation Ă  interroger le salariĂ© sur son Ă©tat de santĂ©, l’informer des risques Ă©ventuels auxquels l’expose son poste de travail, sensibiliser le salariĂ© sur les moyens de prĂ©vention de ces risques Ă  mettre en Ɠuvre, identifier si l’état de santĂ© du salariĂ© ou les risques auxquels il est exposĂ© nĂ©cessitent une orientation vers le mĂ©decin du travail, informer le salariĂ© sur les modalitĂ©s de suivi de son Ă©tat de santĂ© par le service et sur la possibilitĂ© dont il dispose, Ă  tout moment, de bĂ©nĂ©ficier d’une visite Ă  sa demande avec le mĂ©decin du travail. Le rĂŽle de ce dernier est prĂ©ventif, son but est d’éviter toute altĂ©ration de la santĂ© des travailleurs du fait de leur travail. Pour pallier la pĂ©nurie des mĂ©decins du travail, la VIP est rĂ©alisĂ©e par un professionnel de santĂ©, Ă©galement tenu au secret professionnel interne en mĂ©decine ou infirmier par exemple, sous l’autoritĂ© du mĂ©decin du travail. Elle doit avoir lieu avant la fin de la pĂ©riode d’essai, soit dans les trois mois suivants la prise de poste, et le dĂ©lai entre deux rendez-vous ne doit pas excĂ©der cinq cas du salariĂ© en posteComme pour l’entretien d’embauche, le salariĂ© n’a aucune obligation de communiquer Ă  son employeur son Ă©tat de santĂ© lors d’un entretien d’ en fonction des consĂ©quences que peuvent avoir certaines maladies, le mĂ©decin du travail peut dĂ©clarer le salariĂ© inapte au travail dĂšs le premier rendez-vous mĂ©dical. Le mĂ©decin du travail doit alors obligatoirement Ă©changer avec l’employeur et le salariĂ© sur les possibilitĂ©s d’amĂ©nagement ou d’adaptation de poste, rĂ©aliser une Ă©tude du poste du salariĂ© et de ses conditions de travail. Quelle que soit l’origine de l’inaptitude, l’employeur a l’obligation de proposer un reclassement au salariĂ© dĂ©clarĂ© inapte, sauf si, le mĂ©decin du travail estime que tout maintien du salariĂ© dans un emploi serait gravement prĂ©judiciable Ă  sa santĂ© » ou que l’état de santĂ© du salariĂ© fait obstacle Ă  tout reclassement dans un emploi ». Dans ce cas, le mĂ©decin dispense l’employeur d’une recherche de reclassement. Si aucun reclassement n’est possible, une procĂ©dure de licenciement pourra ĂȘtre engagĂ©e. En cas de contestation, la saisine appel ou recours, ndlr du conseil de prud’hommes est ouverte pour un dĂ©lai de quinze jours Ă  compter de la notification de la spĂ©cificitĂ©s liĂ©es au coronavirusEn cette pĂ©riode de crise sanitaire, si vous ĂȘtes une personne vulnĂ©rable antĂ©cĂ©dents cardiovasculaires, diabĂ©te, insuffisance rĂ©nale, etc., rien ne vous oblige Ă  prĂ©venir votre entreprise. En revanche, pour protĂ©ger votre santĂ©, mieux vaut avertir votre employeur pour que celui-ci vous autorise le tĂ©lĂ©travail. Si la nature de votre mĂ©tier ne vous le permet pas, alors votre entreprise pourra vous mettre au chĂŽmage partiel ou au chĂŽmage technique sur prĂ©sentation d’un certificat d’isolement fourni par un mĂ©decin un document qui vous autorise Ă  rester chez vous et Ă  ne pas vous rendre au travail, ndlr. Si vous n’ĂȘtes pas une personne vulnĂ©rable face au Covid-19 mais que vous avez Ă©tĂ© un cas contact en contact rapprochĂ©, sans masque, avec une personne testĂ©e positive au Covid-19, vous avez l’obligation de prĂ©venir votre entreprise. Le salariĂ© a aussi une obligation de sĂ©curitĂ© envers lui mais aussi les autres, si celle-ci n’est pas respectĂ©e, cela pourrait faire l’objet d’une faute. Dans les faits, il serait difficile pour l’entreprise de prouver que vous avez cachĂ© des informations sur votre Ă©tat de santĂ©, il y a donc peu de risque d’ĂȘtre sanctionnĂ©. Une fois votre entreprise avertie, vous devrez poursuivre en tĂ©lĂ©travail ou bien vous faire prescrire un arrĂȘt de travail. Idem si vous prĂ©sentez les symptĂŽmes du coronavirus ou si vous avez Ă©tĂ© testĂ© positif avec ou sans symptĂŽmes vous ne devez pas non plus vous rendre sur votre lieu de travail. Un arrĂȘt de travail sera lĂ  aussi nĂ©cessaire. Une transparence parfois difficileQuel que soit le problĂšme de santĂ© que vous rencontrez, nous ne pouvons que vous conseiller d’ĂȘtre transparent avec votre employeur, c’est inĂ©vitable si vous souhaitez que celui-ci amĂšnage votre poste de travail et s’adapte Ă  vous. En revanche, si vous souffrez d’une maladie chronique ou d’un handicap et que vous ne souhaitez pas en informer votre entreprise, rien ne vous oblige Ă  le faire ! Parler de son Ă©tat de santĂ© peut ĂȘtre dĂ©licat et intime, il est tout Ă  fait comprĂ©hensible et tout Ă  fait lĂ©gitime que vous souhaitiez garder ces informations pour vous. Car, malheureusement, la bienveillance n’est pas innĂ©e chez tout le monde et certains managers et DRH peuvent encore avoir du mal Ă  accompagner des profils comme le vĂŽtre
Pour d’autres maladies Ă  court ou moyen terme, nous vous recommandons tout de mĂȘme d’ĂȘtre transparent avec votre entreprise, si besoin en toute confidentialitĂ©. Il en va de la santĂ© de vos collĂšgues et de leurs proches. Ne prenez pas de risque !Suivez Welcome to the Jungle sur Facebook, LinkedIn et Instagram ou abonnez-vous Ă  notre newsletter pour recevoir, chaque jour, nos derniers articles !Photo by WTTJ Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la libertĂ©, la propriĂ©tĂ©, la sĂ»retĂ© et la rĂ©sistance Ă  l'oppression. » L'article deux de la DĂ©claration universelle des droits de l'homme assigne ainsi Ă  l'État comme association politique un rĂŽle plus fondamental que celui de la prĂ©servation de la vie et de la sĂ©curitĂ©. Il s'agit alors de conserver protĂ©ger et fournir les conditions propices Ă  leur dĂ©veloppement les droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Par droits naturels, il faut entendre les droits qui nous sont essentiels, ceux qui nous appartiennent naturellement, du seul fait que nous participons du genre humain sans distinction de culture, de pays ou de religion. Ces droits sont imprescriptibles, ce qui signifie qu'ils sont absolus et non conditionnels on ne saurait lĂ©gitimement les contester ou les refuser, les rendre hypothĂ©tiques ou propres Ă  une catĂ©gorie seulement. L'article de la dĂ©claration les identifie ainsi libertĂ©, sĂ»retĂ©, propriĂ©tĂ© et rĂ©sistance Ă  l'oppression. Tous les hommes sont libres et doivent pouvoir jouir du droit Ă  penser par eux-mĂȘmes, il faut que l'État les protĂšge; ils doivent pouvoir conserver leurs biens sans craindre la spoliation arbitraire et, enfin, ils ne peuvent ĂȘtre empĂȘchĂ©s de lutter contre tout ce qui menace ces trois exigences fondamentales. Les droits de l'homme instituent alors une norme politique, un modĂšle idĂ©al conforme Ă  l'essence de l'homme. En outre, l'État dĂ©signe la sociĂ©tĂ© en tant qu'elle possĂšde des organes politiques administratifs et juridiques autonomes, et, qu'elle est conçue comme une personne morale vis-Ă -vis des autres sociĂ©tĂ©s. L'Etat doit ĂȘtre distinguĂ© de la patrie, qui dĂ©signe le pays des ancĂȘtres et de la communautĂ© nationale. Il doit ĂȘtre Ă©galement distinguĂ© de la nation, qui est une notion spirituelle c'est l'unitĂ© spirituelle d'une communautĂ©, fondĂ©e sur des mƓurs et une histoire communes. L'État est l'incarnation d'une volontĂ© gĂ©nĂ©rale placĂ©e au-dessus de toutes les volontĂ©s particuliĂšres,. il vise l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. C'est pourquoi le conflit principal oppose l'individu Ă  l'État. L'individu a tendance Ă  considĂ©rer que l'État est une administration Ă  son service. L'État, de son cĂŽtĂ©, vise l'universalitĂ© et exige des sacrifices pour l'individu. Ainsi, la citoyennetĂ©, l'appartenance de l'individu Ă  l'État serait une limitation de sa libertĂ© et aussi une limitation de toute sa personne, puisque l'Etat oblige l'individu Ă  prendre en compte l'existence des autres et de la collectivitĂ© tout entiĂšre. Par exemple, le fait de devoir obĂ©ir aux lois ne se pense que par rapport Ă  la bonne marche et Ă  la paix de l'espace social. DĂšs lors l'individu, s'il veut vraiment se rĂ©aliser, devrait Ă©chapper Ă  cette logique citoyenne et politique, en prĂ©fĂ©rant, par exemple, sa vie privĂ©e Ă  sa vie sociale, chacun oeuvrant alors pour son bonheur particulier, loin des prĂ©occupations politiques. Pourtant si l'État limite ma libertĂ© individuelle, il la garantit et la fait coexister avec la libertĂ© des autres, ce qui est un signe de raison et de sagesse. De plus la citoyennetĂ© me permet de prendre une part active dans la vie de la citĂ© et m'invite donc Ă  davantage de responsabilitĂ©. De mĂȘme la dimension privĂ©e de mon existence ne peut ĂȘtre garantie que par l'existence d'un État fort et solide. De ces considĂ©rations Ă©merge la trame de rĂ©flexion suivante Dans quelle mesure y a-t-il antinomie entre l’État et la libertĂ© de l’homme ? L’étude portera dans un premier temps sur l’incompatibilitĂ© entre le cadre Ă©tatique et la libertĂ© individuelle. D’un autre cĂŽtĂ©, nous Ă©voquerons un État en tant que garant des libertĂ©s individuelles et collectives pour enfin expliquer les limites de l’absence d’une part et de la prĂ©sence d’autre part de l’État. En premier lieu, en instituant la citoyennetĂ©, l'État semble accĂ©der Ă  l'universel. Hegel Ă©crit en ce sens qu'il est la rĂ©alitĂ© de l'idĂ©e morale », la rationalitĂ© accomplie, rĂ©alisant la morale et le droit qui, au niveau individuel, ne sont que des abstractions. Et le citoyen peut prĂ©tendre ĂȘtre l'homme vĂ©ritablement humain, Ă©levĂ© au sens du bien public, plus raisonnable que l'individu particulier. Mais ce discours n'est-il pas une illusion? La rĂ©alitĂ© de l'État n'est-elle pas essentiellement rĂ©pressive? Telle fut la position d'un anti-Ă©tatisme radical reprĂ©sentĂ© surtout, au XIXĂšme siĂšcle, par l'anarchisme dont le projet est de dĂ©truire l'État en tant que tel ni Dieu, ni maĂźtre » et par le marxisme, qui voit dans l'État non le garant de l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, mais des institutions et des appareils au service des intĂ©rĂȘts particuliers de la classe dominante. L'anarchisme et le marxisme semblent donc se rejoindre dans leur critique de l'État et la sociĂ©tĂ© sans classe qu'ils souhaitent tous deux est aussi une sociĂ©tĂ© sans État. Il y a pourtant entre eux des diffĂ©rences importantes. La premiĂšre est que Marx rattache l'analyse de l'État Ă  l'Ă©volution de l'histoire. Moyen pour assurer politiquement la domination de la classe Ă©conomiquement possĂ©dante, l'État a une fonction et une nĂ©cessitĂ© que ne lui reconnaĂźt pas l'anarchisme. D'ailleurs, dans la rĂ©volution prolĂ©tarienne, le marxisme voit moins la suppression de l'État comme tel que le remplacement de l'État bourgeois par un État prolĂ©tarien qui est censĂ© s'Ă©teindre progressivement. La seconde diffĂ©rence est que si marxisme et anarchisme sont tous deux des critiques radicales de l'État, cette critique n'obĂ©it pas aux mĂȘmes raisons. L'anti-Ă©tatisme de l'anarchisme se fonde sur un individualisme foncier. C'est parce qu'il est par nature contre l'individu que l'État est un mal en soi il est un universel dĂ©vorant. Marx lui reproche au contraire d'ĂȘtre un universel fictif qui prĂ©tend rĂ©aliser l'homme abstraitement dans le citoyen, au lieu de le rĂ©aliser effectivement dans la sociĂ©tĂ©. En outre, l’existence de l'État lorsque celui est rĂ©pressif ou totalitaire revient Ă  une limitation des libertĂ©s individuelles. Totalitarisme » dĂ©signe en premier lieu la thĂ©orie de l'État total » dĂ©veloppĂ©e par le fascisme mussolinien d'abord, hitlĂ©rien ensuite, selon laquelle l'État est un absolu devant lequel les individus ne sont que des relatifs ». L'État devient alors l'objet d'un vĂ©ritable culte. Pris en ce sens, totalitarisme» ne s'applique en toute rigueur qu'aux doctrines fascistes de l'État et Ă  leurs rĂ©alisations politiques en Italie et en Allemagne. Par extension, des philosophes et sociologues comme Hannah Arendt ou Raymond Aron ont repris la catĂ©gorie de totalitarisme » pour penser de façon critique les invariants de certains rĂ©gimes antidĂ©mocratiques contemporains nazisme, mais aussi stalinisme, maoĂŻsme de la RĂ©volution culturelle... Les constantes relevĂ©es de tout État totalitaire sont alors la mystique du chef, l'exercice d'un monopole idĂ©ologique Ă©tendu dans le domaine privĂ© encadrement de la jeunesse, contrĂŽle des relations familiales, professionnelles..., la militarisation de la vie politique, l'absence de sĂ©paration entre l'État et la sociĂ©tĂ© civile, la mise en place d'un appareil de terreur visant Ă  la domination totale des individus. Dans 1984, George Orwell rassemble toutes ses caractĂ©ristiques pour dĂ©noncer l’omnipotence de l'État la libertĂ© d'expression en tant que telle n’existe plus. Toutes les pensĂ©es sont minutieusement surveillĂ©es, et d’immenses affiches trĂŽnent dans les rues, indiquant Ă  tous que Big Brother vous regarde ». Ainsi, l’État et la libertĂ© de l’individu sont incompatibles lorsque celui-ci est rĂ©pressif, totalitaire et n’a que pour seul objectif de prendre le contrĂŽle totale de la population qu’il gouverne. En second lieu, l’absence d’État est sans doute bien plus dommageable encore, puisqu’elle rend impossible l’existence et l’application de la loi, la protection de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et, plus simplement, la vie en communautĂ©. DĂšs lors, comment rĂ©soudre cette tension entre la nĂ©cessitĂ© de l’État et les dĂ©rives qu’il peut produire ? Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun » disait Hobbes dans Le LĂ©viathan. Imaginons un instant la vie sociale sans l'existence de l' État. Qui aurait alors le pouvoir d'organiser la citĂ© si tant est qu'elle soit concevable sans lui ? Comment les lois pourraient-elles ĂȘtre protĂ©gĂ©es ? Quelle instance aurait la lĂ©gitimitĂ© de rĂ©gler les diffĂ©rends entre les hommes ? Sans un pouvoir commun », tout porte Ă  croire que la force se substituerait au droit et qu'il n'y aurait tout simplement plus de sociĂ©tĂ© possible. Avec cette citation, Hobbes nous aide Ă  prendre conscience de la nĂ©cessitĂ© de l'État. Tant que l'État n'est pas fondĂ© c'est ici ce qu'il appelle le pouvoir commun », les hommes ne peuvent pas vivre ensemble. Leur condition est alors la guerre, une guerre permanente, brutale et indĂ©passable dans la nature, qui rend leur existence misĂ©rable et courte. Le salut se trouve dans l'institution de la loi, laquelle passe par une sortie de l'Ă©tat de nature et l'abandon par l’homme de son pouvoir et de sa libertĂ© de faire tout ce qu'il veut libertĂ© infiniment restreinte puisque proportionnelle Ă  la force dont on est capable et limitĂ©e par la force de l’autre. Le rĂ©sultat de ce passage est la crĂ©ation de l' État et la conquĂȘte de la sĂ©curitĂ©, puisque autrui ne reprĂ©sente plus un danger immĂ©diat et n’a plus de pouvoir sur moi. De surcroĂźt, Rousseau disait 
 chacun s'unissant Ă  tous n'obĂ©it pourtant qu'Ă  lui-mĂȘme et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problĂšme fondamental dont le contrat social donne la solution ». L'État doit ĂȘtre l'Ă©manation concrĂšte de l'union des hommes qui deviennent Ă  travers lui des citoyens, et pas seulement des sujets. NĂ©anmoins, l'association politique est vue comme un problĂšme », parce qu'elle ne va pas de soi sous sa forme la plus Ă©galitaire et que les hommes n'ont pas d'emblĂ©e les moyens d'instaurer le systĂšme le plus juste qui soit. C'est aussi un problĂšme parce que le siĂšcle de Rousseau ne le rĂ©sout pas les inĂ©galitĂ©s sociales sont flagrantes L'homme est nĂ© libre et partout il est dans les fers » Ă©crit-il. Il faut donc rĂ©aliser ce que l'histoire n'a jusqu'alors jamais permis de constituer un État dans lequel l'union aux autres ne soit pas la condition de notre aliĂ©nation, ou bien le rĂšgne de l'injustice dans lequel il n'y a que les puissants qui trouvent leur place. Pour cela, il faut plus qu'un consensus, il faut un contrat. Le consensus n'est qu'une apparence d'accord, il en est l'expression nĂ©gative en tant que solution de compromis. On tente alors d'harmoniser des intĂ©rĂȘts divergents en les conjuguant par dĂ©faut. Le contrat social au contraire pose une finalitĂ© objective ayant une valeur universelle et il ne peut reposer sur la simple addition des intĂ©rĂȘts particuliers qui par dĂ©finition ne s'accordent pas entre eux autrement que momentanĂ©ment ou faute de mieux. Dans la perspective du contrat, c'est l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral qui est Ă©rigĂ© en principe de l'association et ce n'est qu'Ă  cette condition que tout le monde s'y retrouve », comme on pourrait le dire de maniĂšre triviale. Une contradiction apparente est alors levĂ©e en obĂ©issant Ă  l' État qui respecte le contrat, je n'obĂ©is qu'Ă  moi puisque je suis un contractant. A ce titre, l' État m'oblige et ne me contraint pas, sauf quand je ne respecte plus la loi que j’ai moi-mĂȘme dĂ©cidĂ©e en commun avec les autres On me forcera Ă  ĂȘtre libre » - dit Rousseau. Je suis obligĂ© de respecter ses lois parce qu'elles me protĂšgent autant que tout autre et parce qu'elles n'ont ni prĂ©fĂ©rences ni dĂ©sirs. L'obligation repose aussi sur un rapport bilatĂ©ral je dois quelque chose Ă  la loi, mais la loi me doit aussi quelque chose et nul ne saurait lĂ©gitimement se placer au-dessus d'elle. A contrario, ce qui relĂšve d'une contrainte ne repose que sur la force, l'arbitraire et l'intĂ©rĂȘt particulier. On comprend alors que le contrat social permet de penser sans contradiction le fait qu'on puisse obĂ©ir tout en Ă©tant libre et tout en obĂ©issant finalement Ă  nul autre que soi-mĂȘme. NĂ©anmoins, le point de vue de Hobbes, par exemple, peut ĂȘtre mal compris car la distinction entre l'origine et le fondement n'est pas assez marquĂ©e, tout en lĂ©gitimant un pouvoir politique autoritaire et absolutiste. Si l'on peut admettre que la quĂȘte de la sĂ©curitĂ© et la conservation de la vie constitue une origine vraisemblable Ă  la crĂ©ation d'une institution comme l'État, dont les premiĂšres formes sont Ă©videmment archaĂŻques et simples, il est dangereux d'en conclure que c'est lĂ  aussi son fondement, autrement dit, son principe. L'État n'a pas pour seule mission de nous assurer la sĂ©curitĂ©, il doit aussi nous permettre de faire de nous des ĂȘtres libres. Qu'avons-nous Ă  gagner si nous quittons les dangers de la nature pour les Ă©changer avec ceux d'un État susceptible de se transformer en pouvoir absolu ? D’un autre cĂŽtĂ©, on peut reprocher aux personnes prĂŽnant l'anti-Ă©tatisme en gĂ©nĂ©ral de ne pas faire de diffĂ©rence entre les États. Certes, comme le dit Montesquieu, tout pouvoir tend Ă  abuser du pouvoir. Comment rĂ©soudre le problĂšme que pose ce constat ? Deux solutions sont possibles. L'anti-Ă©tatisme est la premiĂšre d'entre elles voir dans la disparition de l'État une condition nĂ©cessaire de l'Ă©mancipation des hommes. La seconde solution rĂ©sulte en revanche d'une critique de l'État... par lui-mĂȘme seule une forme dĂ©terminĂ©e d'État pourra lever le risque despotique que tout État porte en lui. Il suffit pour cela que l'État sache imposer des limites Ă  son pouvoir. C'est le propre des dĂ©mocraties modernes d'avoir essayĂ© de dĂ©finir de telles limites. En dĂ©clarant les droits de l'homme, l'État rĂ©volutionnaire français de 1789, et avant lui dĂ©jĂ  le jeune État amĂ©ricain en 1776, ont accompli un geste dont la signification philosophique est importante pour la premiĂšre fois, des États ont reconnu qu'il existait des droits naturels de l'homme antĂ©rieurs et supĂ©rieurs Ă  toute autoritĂ© politique et que le but principal de l'État est de les prĂ©server. Marx objectait aux droits de l'homme de n'ĂȘtre que des droits abstraits » laissant jouer les inĂ©galitĂ©s sociales. Mais l'erreur de l'anti-Ă©tatisme est sans doute de ne pas avoir bien perçu l'originalitĂ© des États dĂ©mocratiques. Le fait qu'on y trouve des polices et des prisons ne signifie pas qu'ils sont de mĂȘme nature que les dictatures. Quelles que soient les critiques qu'on peut faire Ă  la citoyennetĂ©, ne vaut-il pas mieux vivre dans un État oĂč ses droits sont reconnus ? Pour conclure, l’État, et plus particuliĂšrement l’État dĂ©mocratique, est le dĂ©fenseur de la libertĂ© de l’individu. Il n’y a donc pas en gĂ©nĂ©ral antinomie entre le cadre Ă©tatique et l’épanouissement de l’individu dans un environnement de libertĂ© si l’on distingue État dĂ©mocratique et État totalitaire. De surcroĂźt, il n’est mĂȘme pas nĂ©cessaire de se placer sur le terrain de la philosophie politique pour se poser la question de savoir si oui ou non l’Etat doit ĂȘtre maintenu pour permettre cet Ă©panouissement. La transformation de la sociĂ©tĂ© postmoderne fait dĂ©jĂ  Ă©clater les contradictions de fait de l’existence de l’Etat. Le retour du nationalisme sur la scĂšne des conflits internationaux nous montre Ă  quel point les enjeux du pouvoir enveloppe aussi une crise d’identitĂ© culturelle. La nation est un mythe, mais qui, comme tous les mythes, a un sens capable de mobiliser les volontĂ©s individuelles. L’Etat moderne est en crise et son existence a cessĂ© d’aller de soi, de valoir pour un idĂ©al. Il est Ă©touffĂ© sous son propre poids, il est confrontĂ© Ă  des exigences contradictoires. Quelque soit le rĂ©gime sous lequel il est placĂ©, de toute maniĂšre l’Etat aura sa rigiditĂ©. Quelque soit le rĂ©gime politique qui le gouverne, l’Etat est aujourd’hui confrontĂ© au dĂ©fit de la globalisation de l’économie et de l’information, confrontĂ© Ă  une volontĂ© locale de gestion, contre la hiĂ©rarchie qu’il impose d’en haut. Ces contradictions cependant n’éliminent pas le sens de l’action politique dont l’envergure devient aujourd’hui mondiale, Ă  la mesure de la responsabilitĂ© que tout homme a devant l’humanitĂ©, Ă  la mesure de la responsabilitĂ© que tout homme a devant la vie. Il ne faut pas toutefois imaginer que Rousseau conçoive un retour possible Ă  l’ Ă©tat de nature » Il vous prend envie de marcher Ă  quatre pattes quand on lit votre ouvrage », Ă©crit Voltaire Ă  Rousseau, dans une lettre datĂ©e du 30 aoĂ»t 1755. L’homme, dans la mesure oĂč il est, par nature, perfectible, Ă©volue nĂ©cessairement, et cette Ă©volution se traduit obligatoirement par une transformation ; il est nĂ©cessaire pour l’homme de se socialiser. Le concept de perfectibilitĂ© » rend raison de ce qu’est la nature humaine Ă  la diffĂ©rence de l’animal, qui est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espĂšce, au bout de mille ans, ce qu’elle Ă©tait la premiĂšre annĂ©e de ces mille ans, l’homme est capable de s’arracher Ă  sa nature, et de devenir autre que ce qu’il Ă©tait originellement. L’homme en effet, contrairement Ă  l’animal, est libre, et la perfectibilitĂ© tĂ©moigne de cette libertĂ© C’est dans la conscience de cette libertĂ© que se montre la spiritualitĂ© de son Ăąme ». Le problĂšme est bien que l’homme s’écarte de la rĂšgle naturelle pour son avantage, mais aussi pour son prĂ©judice. Et c’est pourquoi il peut ĂȘtre le seul, prĂ©cisĂ©ment, Ă  pouvoir se dĂ©naturer », et le seul encore Ă  pouvoir se montrer inhumain ». Il n’existe pas de mot pour dire qu’un animal s’est Ă©cartĂ©, pour le pire, de sa nature. Seuls, finalement, les animaux domestiques pourraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des animaux dĂ©naturĂ©s
 Pourquoi en effet l’homme seul est-il sujet Ă  devenir imbĂ©cile ? » se demande encore Rousseau. Parce qu’il est libre. Il l’est donc pour le meilleur et pour le pire. On ne pourrait donc envisager, d’une maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, la notion de nature sans la notion de culture. À ce titre, comme l’avait envisagĂ© Rousseau, l’homme Ă  l’état de nature n’existe sans doute pas. Nous naissons toujours dans un environnement et dans une culture donnĂ©e mĂȘme les peuples dits primitifs », dont l’environnement naturel demeure le seul environnement, et vivant Ă  l’écart de toute civilisation, sont des ĂȘtres de culture. C’est ce que montre Claude LĂ©vi-Strauss 1908-2009 les Ă©tudes menĂ©es Ă  partir de l’observation des peuples primitifs, prĂ©tendument restĂ©s Ă  l’ Ă©tat de nature », prouve bien que ces hommes possĂšdent leur propre culture. Appartenir Ă  une culture n’a alors plus rien Ă  voir avec le fait d’ĂȘtre cultivĂ© » ; Rousseau l’avait en outre montrĂ© on peut ĂȘtre cultivĂ©, et ĂȘtre dĂ©naturĂ© ». En dĂ©pit de cela, le passage de la nature Ă  la culture est irrĂ©mĂ©diable. Finalement, il n’existerait pas de nature humaine », ce qui ferait perdre Ă  l’expression homme dĂ©naturĂ© », tout son sens. Toute culture est, en quelque sorte, une seconde nature ». En ce sens, il est donc inexact de penser que la civilisation puisse ĂȘtre Ă  l’origine d’une modification nĂ©gative de la nature humaine. Pourtant, les civilisations ou les sociĂ©tĂ©s ne se valent pas toutes. Nous devons admettre, sans pour autant renoncer Ă  la richesse que reprĂ©sente la diversitĂ© des cultures, l’existence de situations particuliĂšres, dans l’histoire des hommes, que nous devons condamner. Certaines croyances ou certaines idĂ©ologies engendrent la barbarie ; ne pouvons-nous pas penser que l’idĂ©ologie nazie dĂ©nature l’homme ? Il est Ă©videmment bien plus dĂ©gradant pour l’homme en tant que tel d’ĂȘtre un reprĂ©sentant du nazisme allemand le persĂ©cuteur qu’ĂȘtre un juif allemand le persĂ©cutĂ©. L’homme dĂ©gradĂ© n’est finalement pas la victime, mais le bourreau. D’une tout autre maniĂšre, les actes de cannibalisme paraissent, d’une maniĂšre universelle, dĂ©gradant pour le genre humain lui-mĂȘme, mĂȘme si ceux-ci font partie intĂ©grante d’une culture donnĂ©e. La culture » ne peut servir de prĂ©texte pour que certains actes inhumains soient rendus lĂ©gitimes, au nom de cette culture. Dissertation, Discuter, est-ce renoncer Ă  la violence ? », sujet national, juin 2021 L'État est le cadre juridique de la sociĂ©tĂ©, dĂ©fini par une constitution qui est la source des lois et des rĂšgles de la vie sociale. La sociĂ©tĂ© humaine a existĂ© avant la crĂ©ation de l'État. Toutefois, la nĂ©cessitĂ© d'avoir des lois et des rĂšgles qui prĂ©servaient cette sociĂ©tĂ© s'est vite imposĂ©e, notamment parce que l'ĂȘtre humain Ă  l'Ă©tat de nature fait souvent l'usage de sa force, se montre violent. L'État doit garantir la paix, la libertĂ© et la justice. Il existe toutefois de nombreux cas dans l'histoire humaine et aujourd'hui encore oĂč l'État ne semble pas remplir ce rĂŽle l'État se montre oppresseur, parfois totalitaire, et mĂȘme le libĂ©ralisme est actuellement remis en cause, ce qui pousse Ă  se demander s'il n'est pas possible d'ĂȘtre une sociĂ©tĂ© sans État. ILa sociĂ©tĂ© avant la crĂ©ation de l'État Avant la crĂ©ation de l'État, l'ĂȘtre humain vivait en sociĂ©tĂ©, c'est-Ă -dire avec d'autres semblables, sans institutions. En effet, Ă  l'Ă©tat de nature, la sociĂ©tĂ© humaine existe dĂ©jĂ , on peut parler d'un contrat social qui organise cette structure sociale. L'idĂ©e mĂȘme de sociĂ©tĂ© est parfois vu comme une contradiction l'ĂȘtre humain cherche Ă  vivre avec les autres malgrĂ© les contraintes que cette situation entraĂźne. ALa sociĂ©tĂ© et son existence Ă  l'Ă©tat de nature La sociĂ©tĂ© humaine existe Ă  l'Ă©tat de nature. C'est notamment ce que pense Aristote, pour qui la famille est une sociĂ©tĂ© naturelle » qui existe avant l'État. La sociĂ©tĂ© est le rĂ©sultat d'un processus naturel d'expansion de la famille. L'homme est naturellement un animal politique. »Pour Aristote, il est dans la nature de l'homme de vivre au sein d'une sociĂ©tĂ©. D'ailleurs, selon lui, un homme qui ne vivrait pas en sociĂ©tĂ© ne serait pas pleinement un homme il serait soit un sous-homme, soit un surhomme, c'est-Ă -dire un dieu. Il existe en effet plusieurs stades dans la socialisation Le premier stade est la famille, qui vise la procrĂ©ation et la vie quotidienne. Le deuxiĂšme stade est le village une communautĂ© formĂ©e de plusieurs familles qui est gouvernĂ© par un chef et qui procĂšde d'une sorte d'extension du lien familial. Le troisiĂšme stade est la citĂ©, ou polis, une communautĂ© achevĂ©e formĂ©e de plusieurs villages, dont le bien visĂ© n'est pas seulement de vivre, mais de bien vivre. L'homme s'insĂ©rerait donc naturellement dans ces diffĂ©rents niveaux de la vie en commun. Il faut toutefois distinguer les notions de communautĂ© et de sociĂ©tĂ© La communautĂ© correspond Ă  une forme d'organisation plus traditionnelle, dans laquelle l'individu est encadrĂ© par la famille ou la corporation. Les membres d'une communautĂ© partagent un mode de vie commun, une mĂȘme vision du monde. La sociĂ©tĂ© rassemble des individus obĂ©issant aux mĂȘmes rĂšgles, sans pour autant partager un mode de vie ni des objectifs communs. Elle repose sur un pacte ou une convention volontairement formĂ©e par ses membres afin de poursuivre leurs objectifs individuels. Historiquement, le clan dĂ©fini par les liens de parentĂ© naturelle et par les rĂšgles de l'alliance a prĂ©cĂ©dĂ© la famille. Celle-ci est issue d'une division du peuple et associĂ©e Ă  l'usage d'un nom particulier. Ce nom est commun Ă  tous les membres de la famille. Il est dĂ©fini par des rĂšgles de transmission prĂ©cises pour chaque type de sociĂ©tĂ© ainsi que l'a montrĂ© LĂ©vi-Strauss dans ses Structures Ă©lĂ©mentaires de la parentĂ©. Les rĂšgles en usage dans le clan, en particulier le mode de transmission du nom transmission par le pĂšre ou par la mĂšre, se maintiennent dans la famille. La seule sociĂ©tĂ© naturelle », au sens oĂč Aristote l'entend, serait la horde primitive dont parle Darwin, et oĂč aucune rĂšgle n'existe en dehors des nĂ©cessitĂ©s de la vie. Tout y est nature », mais il n'y a pas encore de famille ni mĂȘme de clan. BL'idĂ©e du contrat social La sociĂ©tĂ© est l'union de diffĂ©rentes familles en vue du bien commun. C'est une convention passĂ©e entre diffĂ©rents individus isolĂ©s dans le but du bien commun. Pour sortir de l'Ă©tat de nature et entrer dans la sociĂ©tĂ©, il faut passer par un contrat social, tel qu'il a Ă©tĂ© thĂ©orisĂ© d'abord par John Locke en Angleterre et par Rousseau en France. Le bien commun recouvre ce que l'AntiquitĂ© dĂ©finit comme l'objet mĂȘme de la vie en sociĂ©tĂ©. Selon Aristote, l'homme Ă©tant l'animal politique », il ne peut que vouloir le bien qui est le mĂȘme pour tous la mot latin societas signifie association ». Ainsi se forme l'idĂ©e selon laquelle la sociĂ©tĂ© n'est pas naturelle » mais rĂ©sulte d'une convention passĂ©e entre des individus isolĂ©s, d'un contrat. Ce contrat est un engagement pris par les personnes faisant partie de la sociĂ©tĂ©, il comporte des conditions que les contractants s'engagent Ă  respecter. Contractualisme Le contractualisme est un courant de philosophie politique selon lequel l'origine de la sociĂ©tĂ© est un contrat passĂ© entre les hommes, par lequel ceux-ci acceptent une limitation de leur libertĂ© en Ă©change de lois garantissant la perpĂ©tuation du corps social. La notion de contrat social est essentielle chez des philosophes comme Thomas Hobbes, John Locke ou encore Jean-Jacques Rousseau. ThĂ©ories contractualistes Explications La thĂ©orie de Thomas Hobbes L'Ă©tat de nature ne garantit pas la sĂ©curitĂ©. Le contrat social est un contrat qui soumet l'homme Ă  l'autoritĂ© politique. Cette soumission doit ĂȘtre totale, et en Ă©change les citoyens bĂ©nĂ©ficient de la sĂ©curitĂ© et du respect de leurs biens. C'est une forme d'absolutisme tolĂ©rant l'existence d'une sphĂšre privĂ©e oĂč il n'a pas de pouvoir. La thĂ©orie de John Locke L'Ă©tat de nature permet Ă  l'homme de s'assurer une descendance, de punir ceux qui menacent sa vie et d'avoir le droit de propriĂ©tĂ©. Toutefois, il ne permet pas toujours la sĂ©curitĂ©, donc l'État est nĂ©cessaire. Cependant, le contrat passĂ© doit permettre Ă  l'homme de garder ses privilĂšges naturels. Le gouvernement est lĂ©gitime si la majoritĂ© le soutient et s'il assure la sĂ©curitĂ© et la propriĂ©tĂ© de chacun. C'est le libĂ©ralisme. La thĂ©orie de Jean-Jacques Rousseau L'Ă©tat de nature Ă©tait bon, mais l'homme dĂ©veloppe, dans certaines conditions historiques sĂ©dentarisation, industrie, propriĂ©tĂ© l'amour-propre, l'orgueil et la vanitĂ© en sociĂ©tĂ©. Dans cette mesure, le rapport de force apparaĂźt et rĂ©git les relations. Le contrat social doit permettre d'atteindre un État dans lequel les lois sont lĂ©gitimes et justes. Par le contrat, l'homme se donne totalement Ă  la communautĂ© mais uniquement parce qu'en tant que sujet il jouit des droits qu'il a fait promulguer en tant que citoyen. Le contrat social doit instaurer l'Ă©galitĂ© juridique entre les hommes malgrĂ© les diffĂ©rences naturelles. Du contrat social de Jean-Jacques Rousseau, Ă©crit en 1762, Ă©tend l'idĂ©e de contrat Ă  la sociĂ©tĂ© entiĂšre. On sort de l'Ă©tat de nature et on entre en sociĂ©tĂ© par le contrat social. Trouver une forme d'association qui dĂ©fende et protĂšge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associĂ©, et par laquelle chacun s'unissant Ă  tous n'obĂ©isse pourtant qu'Ă  lui-mĂȘme et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problĂšme fondamental dont le contrat social donne la solution. »Rousseau prĂ©sente l'idĂ©e du contrat social comme une fiction quelque chose qui est nĂ©cessaire pour penser la sociĂ©tĂ©, mais qui n'a peut-ĂȘtre jamais existĂ© dans les faits. La reprĂ©sentation du contrat social appartient en fait Ă  une Ă©tape de l'histoire oĂč le lien familial a dĂ©jĂ  Ă©clatĂ© » sous la pression du dĂ©veloppement Ă©conomique les individus vont vivre dans des lieux diffĂ©rents pour exercer leurs activitĂ©s. CLa vie sociale, un paradoxe L'ĂȘtre humain semble vouĂ© Ă  vivre en sociĂ©tĂ©. MĂȘme s'il perd une partie de sa libertĂ©, il bĂ©nĂ©ficie grĂące au contrat social d'une sĂ©curitĂ©, et c'est seulement en sociĂ©tĂ© qu'il peut se comparer aux la fin du XVIIIe siĂšcle, Emmanuel Kant parle de l'insociable sociabilitĂ© de l'homme malgrĂ© leur individualisme naturel », les hommes sont poussĂ©s Ă  nouer des relations sociales grĂące Ă  leur esprit de ne peuvent pas s'empĂȘcher, par amour-propre, d'entrer en compĂ©tition avec les autres, bien que leur dĂ©sir premier soit d'ignorer les autres. Ils se sentent, comme l'a soulignĂ© Jean-Jacques Rousseau, dĂ©naturĂ©s, c'est-Ă -dire loin de l' Ă©tat de nature » oĂč ils vivaient seuls, tout en ayant besoin de la sociĂ©tĂ© pour se comparer aux autres. Le moyen dont la Nature se sert pour mener Ă  bien le dĂ©veloppement de toutes les dispositions [des hommes] est leur antagonisme au sein de la SociĂ©tĂ©. J'entends ici par antagonisme l'insociable sociabilitĂ© des hommes, c'est-Ă -dire leur inclination Ă  entrer en sociĂ©tĂ©, inclination qui est cependant doublĂ©e d'une rĂ©pulsion gĂ©nĂ©rale Ă  le faire. »IdĂ©e d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitiqueDans la piĂšce Huis clos de Jean-Paul Sartre, trois personnages que leurs fautes ont conduits en enfer tentent d'y trouver au moins la solitude. Mais le dĂ©sir de parler d'eux et l'ennui les poussent Ă  se rapprocher des autres, quitte Ă  souffrir toujours davantage de leur confrontation, et ceci Ă©ternellement. À la fin, l'un d'eux dĂ©clare L'enfer, c'est les autres ». Ainsi, il est Ă  la fois insupportable de vivre avec les autres et impossible de vivre sans eux. Le contrat social » peut ainsi ĂȘtre vu comme la contrainte paradoxale qui pousse les hommes Ă  vivre en sociĂ©tĂ© contrairement Ă  leur dĂ©sir. S'il est considĂ©rĂ© par Jean-Jacques Rousseau lui-mĂȘme comme une fiction, c'est qu'il demande Ă  ĂȘtre interprĂ©tĂ©. L'homme abandonne, par le contrat, tous ses droits naturels en Ă©change des droits civils », mais rien ne dit qu'il en soit satisfait, notamment s'il agit en raison de la peur. NĂ©anmoins, ce dernier sentiment est moins dĂ©terminant, chez Rousseau, que celui de la sĂ©curitĂ©, en raison des dangers qui ont suivi l'abandon de l'Ă©tat de nature par l' sociĂ©tĂ© est inĂ©vitable, mĂȘme si l'homme ne s'y sent pas toujours bien. À l'Ă©tat de nature, l'homme est en famille, mais mĂȘme s'il a du mal Ă  vivre avec les autres, il entre dans la sociĂ©tĂ© car il a besoin de se comparer Ă  eux. L'État va s'imposer pour tenter d'attĂ©nuer ce paradoxe et rendre Ă  l'homme ce qu'il a perdu en vivant en sociĂ©tĂ©. IIL'État garant de la sociĂ©tĂ© L'État donne un cadre juridique Ă  la sociĂ©tĂ©, il est créé dans le but de la protĂ©ger, d'apporter libertĂ© et justice. ALa crĂ©ation de l'État pour protĂ©ger la sociĂ©tĂ© Si pour certains philosophes, comme Rousseau, l'Ă©tat de nature » est un Ă©tat de paix et de solitude, il est plus souvent perçu comme une situation de guerre perpĂ©tuelle. La crĂ©ation de l'État doit permettre de protĂ©ger la sociĂ©tĂ©, d'empĂȘcher la Thomas Hobbes, l'Ă©tat naturel de l'homme est l'Ă©tat de la guerre de tous contre tous oĂč la loi du plus fort rĂšgne. Hobbes pense que l'ĂȘtre humain Ă  l'Ă©tat de nature est en conflit permanent, car il est animĂ© par le dĂ©sir, la crainte et l'envie. C'est ce qu'il appelle la guerre de tous contre tous ». Ainsi, la sociĂ©tĂ© humaine est composĂ©e d'ĂȘtre humains qui s'envient et se font peur. Chacun souhaite ĂȘtre le meilleur. Il n'y a qu'une maniĂšre de sortir de cet affrontement gĂ©nĂ©ral la crĂ©ation de l'État. État On appelle État le cadre juridique de la sociĂ©tĂ©, dĂ©fini par le droit public, la Constitution. Cette derniĂšre est la source, par le biais des institutions qui la mettent en Ɠuvre gouvernement, Parlement, des lois et rĂšgles de la vie le LĂ©viathan, Thomas Hobbes voit dans la crĂ©ation de l'État la moins mauvaise des solutions les ĂȘtres humains reconnaissent le pouvoir absolu de l'État et renoncent Ă  la violence de l'Ă©tat de nature et s'en protĂšge. L'État permet de protĂ©ger la sociĂ©tĂ©, il a pour but de faire rĂ©gner l'ordre et la paix. Ainsi, l'ĂȘtre humain créé l'État pour ĂȘtre en sĂ©curitĂ©. En vertu du pouvoir confĂ©rĂ© par chaque individu dans l'État, il dispose de tant de puissance et de force assemblĂ©es en lui que, par la terreur qu'elles inspirent, il peut conformer la volontĂ© de tous en vue de la paix Ă  l'intĂ©rieur et de l'entraide face aux ennemis de l'Ă©tranger. » BL'État pour apporter la libertĂ© et la justice Ă  la sociĂ©tĂ© L'État est la structure qui permet d'apporter la libertĂ© et la justice Ă  la 1820, dans ses Principes de la philosophie du droit, Hegel prĂ©sente l'État comme la plus haute des institutions. Selon lui, il permet de rĂ©aliser le plus haut degrĂ© de la libertĂ©, il est Dieu sur terre ». Hegel le prĂ©sente comme l'arbitre des rivalitĂ©s entre familles ou des luttes entre classes sociales. Il parle de la classe universelle », les fonctionnaires, qui poursuivent une entreprise universelle la justice, qui coĂŻncide avec la libertĂ©. L'État est mĂȘme au-dessus » de la famille et de la sociĂ©tĂ© civile parce que son droit le droit public ou constitutionnel est le plus Ă©levĂ© c'est le droit qui permet aux individus d'acquĂ©rir la libertĂ© et la justice. L'État est la rĂ©alitĂ© effective de la libertĂ© concrĂšte. »Georg Wilhelm Friedrich HegelPrincipes de la philosophie du droitLes mots effective » et concrĂšte » soulignent, chez Hegel, que l'État est bien plus qu'un concept. Étant dĂ©fini par le droit la Constitution, l'État est, comme toute rĂ©alitĂ© juridique, libertĂ© rĂ©alisĂ©e ». Le droit privĂ©, le droit des personnes, rĂ©alise aussi la libertĂ© c'est le cas dans la propriĂ©tĂ© qui rĂ©alise la libertĂ© individuelle, ou encore celle du commerce et de l'Ă©change dans la sociĂ©tĂ© civile. Il y a Ă©galement un droit familial. Toutefois, le droit de l'État est au-dessus de tous les autres, parce qu'il garantit ce que nous appelons les libertĂ©s publiques, communes Ă  tous les citoyens aller et venir, penser et s'exprimer librement, pratiquer une religion.L'État tend Ă  protĂ©ger la sociĂ©tĂ© et Ă  lui apporter la libertĂ©, il est nĂ©cessaire pour dĂ©passer la violence. IIILes rapports complexes entre sociĂ©tĂ© et État L'État peut ĂȘtre facteur d'injustice, suscitant des rĂ©voltes individuelles ou sociales lĂ©gitimes il peut exercer une forme d'oppression sur la sociĂ©tĂ© et mĂȘme se transformer en État totalitaire. Le libĂ©ralisme, ou sociĂ©tĂ© ouverte », semble une solution pour empĂȘcher que l'État prenne trop de pouvoir. On observe Ă©galement le rejet de l'État par certaines sociĂ©tĂ©s. AL'État, une forme d'oppression sur la sociĂ©tĂ© Alors qu'il peut apporter protection et libertĂ©, l'État peut Ă©galement ĂȘtre une source d'oppression. Pour lutter contre cette oppression, la sĂ©paration des pouvoirs est une fur et Ă  mesure que les États se sont agrandis - passant de la citĂ© grecque, par exemple, Ă  l'Empire d'Alexandre le Grand, puis de CĂ©sar ou de NapolĂ©on - ils sont devenus plus autoritaires, Ă©crasants par rapport aux populations. LĂ  oĂč l'État n'est pas un empire, il cherche Ă  le devenir comme dans l'Allemagne nazie ou en Russie soviĂ©tique et ses chefs deviennent des dictateurs. George Orwell, dans son roman 1984, a mĂȘme imaginĂ© un systĂšme dont on ne connaĂźt pas le chef, Big Brother », mais auquel tous les individus sont soumis par la terreur. L'État est le plus froid des monstres froids. »Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre pour tous et pour personnePour lutter contre un État oppressif, l'homme peut toutefois se rebeller. Antigone Dans la tragĂ©die antique Antigone de Sophocle, Antigone est une jeune fille rĂ©voltĂ©e contre la loi de la citĂ© c'est-Ă -dire l'État reprĂ©sentĂ©e par son oncle CrĂ©on ses deux frĂšres s'Ă©tant entretuĂ©s au cours d'une bataille pour le pouvoir, l'un d'eux a Ă©tĂ© privĂ© de sĂ©pulture par CrĂ©on. Antigone veut l'enterrer religieusement. Dans cet exemple, Hegel voit le conflit du droit familial, reprĂ©sentĂ© par Antigone, et du droit de l'État, reprĂ©sentĂ© par CrĂ©on. Non seulement la jeune fille ne reconnaĂźt pas le droit de l'État, mais elle invoque Ă©galement des valeurs sacrĂ©es, lĂ©gitimes pour Hegel parce qu'elles sont au-dessus de l'État sĂ©paration des trois pouvoirs, exĂ©cutif, lĂ©gislatif et judiciaire, vise Ă  attĂ©nuer l'absolutisme de l'État et donc Ă  attĂ©nuer les possibilitĂ©s d'oppression. Montesquieu parle de distribution des pouvoirs dĂšs 1748 dans De l'esprit des lois. Il Ă©crit que le pouvoir arrĂȘte le pouvoir » cela sous-entend que le pouvoir doit ĂȘtre distribuĂ© car ainsi plusieurs pouvoirs s'affrontent et une balance peut ĂȘtre trouvĂ©e. L'indĂ©pendance de la justice est particuliĂšrement importante afin que l'État reste un État de droit » oĂč un chef ne puisse plus dire, Ă  l'instar de Louis XIV L'État, c'est moi », en monopolisant et en concentrant les pouvoirs entre ses dĂ©mocratie, le pouvoir appartient au peuple. Le pouvoir lĂ©gislatif ne peut ĂȘtre exercĂ© par le gouvernement lui-mĂȘme. Il suppose la reprĂ©sentation par un Parlement issu d'Ă©lections libres. Ce systĂšme de sĂ©paration des pouvoirs dĂ©finit la dĂ©mocratie par opposition Ă  la dictature. La souverainetĂ© populaire s'oppose ainsi Ă  la souverainetĂ© nationale, qui peut ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e par un seul individu. La souverainetĂ© le principe du pouvoir n'est pas le gouvernement. BL'État contre la sociĂ©tĂ© le totalitarisme L'oppression de l'État sur la sociĂ©tĂ© peut se transformer en vĂ©ritable totalitarisme. L'État est alors contre la sociĂ©tĂ© humaine qu'il contrĂŽle voire dĂ©truit. Le pouvoir est alors dans les mains d'un seul dictateur. Tous les exemples d'États totalitaires dans l'histoire supposent l'acceptation d'une partie de la sociĂ©tĂ©. Cela s'explique car la tentation est grande pour les hommes de s'en remettre Ă  la seule autoritĂ© de l'État, dont on a vu qu'elle les protĂšge d'eux-mĂȘmes en tant qu'ĂȘtres potentiellement violents. Les historiens soulignent que si Hitler a lĂ©galement accĂ©dĂ© au pouvoir dans l'Allemagne de 1933, c'est qu'il satisfaisait les dĂ©sirs de revanche d'une petite-bourgeoisie » ruinĂ©e par la grande crise de 1929 et aussi ceux d'un peuple humiliĂ© » par la dĂ©faite de la PremiĂšre Guerre mondiale. L'État totalitaire » est un État maximal qui concentre toute l'autoritĂ© au point de rĂšglementer lui-mĂȘme la sociĂ©tĂ©, l'Ă©conomie et les libertĂ©s publiques. Ces derniĂšres tendent Ă  disparaĂźtre du fait du poids de la censure et de la police. Les juges eux-mĂȘmes ne sont pas indĂ©pendants. Le totalitarisme rejette toute forme de contrat social et de contrĂŽle du gouvernement par le peuple ou ses Hannah Arendt, qui a beaucoup Ă©tudiĂ© les totalitarismes du XXe siĂšcle, le totalitarisme est plus qu'un rĂ©gime politique. Dans Le SystĂšme totalitaire, elle Ă©tudie deux formes de totalitarisme, l'Allemagne nazie et l'URSS stalinienne. Elle considĂšre que le totalitarisme est un phĂ©nomĂšne de masses ». Pour elle, ces masses » sont perdues, elles ont besoin d'un modĂšle et acceptent facilement les idĂ©ologies totalitaires. Les Origines du totalitarisme© Le Seuil, coll. Points 1972, 1951Le discours totalitaire est un discours qui plaĂźt, c'est un discours qui repose sur des images fortes, sur la violence, il anime les foules. Un parti unique s'installe, et ce parti devient tout, les ĂȘtres humains n'existent que pour et Ă  travers ce parti et son idĂ©ologie. Enfin, Hannah Arendt analyse la façon dont le parti totalitaire va supprimer les libertĂ©s, d'abord ce qu'elle appelle la libertĂ© extĂ©rieure les droits puis ce qu'elle nomme la libertĂ© intĂ©rieure les idĂ©es, la pensĂ©e. Les sociĂ©tĂ©s totalitaires dĂ©signent des groupes humains comme Ă©tant des ennemis ce sont souvent les intellectuels. Ainsi, dans les sociĂ©tĂ©s totalitaires, la population est complĂštement surveillĂ©e, elle vit dans la terreur, chacun a peur d'ĂȘtre dĂ©noncĂ© tandis que d'autres traquent les ennemis du rĂ©gime ». Pour Hannah Arendt, les rĂ©gimes totalitaires mettent ainsi en place la dĂ©shumanisation des ĂȘtres humains. CLa sociĂ©tĂ© ouverte » pour lutter contre le pouvoir de l'État le libĂ©ralisme Le philosophe Karl Popper oppose au totalitarisme le concept de sociĂ©tĂ© ouverte, qui permet de lutter contre le pouvoir de l'État. Cette idĂ©e d'une sociĂ©tĂ© ouverte se rapproche du libĂ©ralisme tel qu'il a Ă©tĂ© pensĂ© par le philosophe John sociĂ©tĂ© ouverte est la sociĂ©tĂ© libĂ©rale » dans laquelle l'État ne joue qu'un rĂŽle minimal, le rĂŽle sĂ©curitaire. Le libĂ©ralisme anglo-saxon » dont parle John Locke valorise le commerce et le droit privĂ©. Les individus, sujets de droit Ă  part entiĂšre, ne peuvent que s'Ă©panouir dans le libre-Ă©change » que populariseront par la suite Jeremy Bentham et John Stuart Mill. Les nations s'Ă©panouissent par le commerce, qui ne doit connaĂźtre aucune entrave. La sociĂ©tĂ© comme l'Ă©change reposant sur un contrat, le droit privĂ© suffit, l'État est Ă  peine nĂ©cessaire, sauf sur le plan pĂ©nal, afin que les contrats et la sĂ»retĂ© individuelle soient les penseurs libĂ©raux, le contrat social » est la sociĂ©tĂ© elle-mĂȘme. L'État n'est que le produit d'un contrat parmi d'autres un contrat de gouvernement » et les gouvernants peuvent ĂȘtre rĂ©voquĂ©s par le peuple s'ils ne donnent pas satisfaction. L'État libĂ©ral » est un État minimal qui assure la sĂ©curitĂ© sans gĂȘner le libre-Ă©change qu'il favorise le plus possible. L'État, selon mes idĂ©es, est une sociĂ©tĂ© d'hommes instituĂ©e dans la seule vue de l'Ă©tablissement, de la conservation et de l'avancement de leurs intĂ©rĂȘts civils. »Comme son nom l'indique, le libĂ©ralisme prĂ©fĂšre la libertĂ© Ă  la justice, ou plutĂŽt il pense qu'elles peuvent coĂŻncider, Ă  condition que l'État remplisse exactement son rĂŽle. La sociĂ©tĂ© ouverte et l'État peuvent, selon John Rawls dans sa ThĂ©orie de la justice, s'accommoder de certaines injustices et inĂ©galitĂ©s. Ainsi, une rĂ©partition inĂ©galitaire des biens entre les individus est acceptable si les individus qui bĂ©nĂ©ficient du moins de biens dans ce modĂšle de sociĂ©tĂ© disposent tout de mĂȘme de plus de biens que s'ils se trouvaient dans un autre peut intervenir dans le domaine de la propriĂ©tĂ© individuelle expropriation mais seulement si c'est en faveur des individus dĂ©favorisĂ©s intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et sans lĂ©ser les autres. Adam Smith est un autre philosophe qui dĂ©fend le libĂ©ralisme. Pour lui, l'État ne doit pas intervenir dans l'Ă©conomie, la justice se fait d'elle-mĂȘme. Il estime qu'il existe un principe naturel de rĂ©gulation qui aboutit Ă  ce que les divers intĂ©rĂȘts particuliers servent l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral c'est la main invisible. L'idĂ©e est que la mise en concurrence permet une utilisation optimale des ressources disponibles ; les mobiles Ă©goĂŻstes des individus aboutissent ainsi Ă  la meilleure utilisation possible des ressources Ă  l'Ă©chelle de la sociĂ©tĂ©. Ceci est rendu possible par deux faits la tendance qu'ont les individus Ă  employer leur capital Ă  faire valoir l'industrie nationale ; la tendance qu'ils ont Ă  diriger cette industrie de maniĂšre Ă  lui faire acquĂ©rir la plus grande valeur possible. Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nationsLe libĂ©ralisme est trĂšs critiquĂ© et remis en question aujourd'hui, avec la crise. On lui reproche notamment de donner tous les pouvoirs au monde de la finance, devant lequel mĂȘme les États semblent impuissants, la gouvernance semblant s'ĂȘtre dĂ©placĂ©e du politique au financier, et de l'État Ă  l'international. La question de la monnaie, en particulier, gouverne les Ă©changes entre les États eux-mĂȘmes mais est gĂ©rĂ©e au niveau Banque centrale europĂ©enne BCE est indĂ©pendante des États europĂ©ens. Elle fixe librement la crĂ©ation de la monnaie ainsi que les taux d'intĂ©rĂȘt, avantageant ou dĂ©savantageant indirectement tel ou tel État inflation ce qui peut fragiliser la cohĂ©sion europĂ©enne comme on l'a vu au moment de la crise grecque Grexit ». DDes sociĂ©tĂ©s rejetant l'État Il existe Ă©galement des sociĂ©tĂ©s qui ont fait le choix de rejeter l'État. L'ethnologue Pierre Clastres en a notamment Ă©tudiĂ© certaines. Dans son livre La SociĂ©tĂ© contre l'État, l'ethnologue Pierre Clastres, ayant observĂ© diffĂ©rentes sociĂ©tĂ©s premiĂšres » d'Amazonie, affirme que ces sociĂ©tĂ©s n'ignorent pas l'État comme on l'a toujours pensĂ©, mais le sont des sociĂ©tĂ©s qui font le choix de se passer d'État. L'histoire des peuples sans histoire [c'est-Ă -dire gĂ©ographiquement indĂ©pendantes et sans interaction] c'est [...] l'histoire de leur lutte contre l'État. »© Éditions de Minuit, collection Critique, 1974Les peuples sans histoire » correspondent Ă  ce que Claude LĂ©vi-Strauss appelle les sociĂ©tĂ©s froides », qui se prĂ©servent de l'interaction avec d'autres, et par consĂ©quent des conflits historiques. Il semblerait alors que les sociĂ©tĂ©s continuant d'Ă©voluer sans avoir d'État ne connaissent pas les mĂȘmes troubles que les autres et sont plus heureuses c'est l'un des sens que l'on peut donner Ă  sans histoire ». Selon Pierre Clastres, les sociĂ©tĂ©s premiĂšres » n'ont pas besoin de l'État comme juge ou arbitre de leurs conflits. Elles ont des chefs, mais elles les contrĂŽlent » afin qu'ils ne deviennent pas trop puissants et ne fondent des États. Les guerres elles-mĂȘmes, internes ou extĂ©rieures, ont pour fonction d'Ă©loigner le spectre » de l' effet, en temps de paix, ces sociĂ©tĂ©s sont une sorte de dĂ©mocratie directe » oĂč sociĂ©tĂ© et État se confondent elles rĂ©alisent le rĂȘve de Rousseau. Elles ne sont pas, prĂ©cise Clastres, sans État » ou anarchiques sans ordre, car elles sont suffisamment organisĂ©es. Elles reprĂ©sentent ce que Marcel Mauss appelle le fait social global », sans diffĂ©renciation de classes ou de mĂ©tiers, ou encore par la sociĂ©tĂ©s sont pacifiques tant que la forme de l'État ne s'impose pas comme une contrainte par rapport Ă  la vie sociale elle-mĂȘme. Elles entrent en guerre les unes contre les autres dans la mesure oĂč elles craignent que l'une d'entre elles leur impose le cadre de l'État et donc les opprime et les domine, en dĂ©truisant leur Ă©quilibre sociĂ©tĂ©s luttent contre l'État comme contre une menace, Ă  la maniĂšre de quelqu'un qui se dĂ©bat, se dĂ©fend contre l'angoisse ou contre une maladie dont il pense qu'elle lui sera fatale. Les sociĂ©tĂ©s sans État » sont aujourd'hui extrĂȘmement minoritaires et ne concernent guĂšre que quelques groupes de chasseurs-cueilleurs » d'Amazonie ou de Nouvelle-GuinĂ©e, ou encore le peuple Ayoreo du Paraguay, État oĂč Pierre Clastres avait observĂ©, vers 1970, les Indiens Guayaki, exemple de ce qu'il appelle une sociĂ©tĂ© contre l'État ».

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